Previous Page  86 / 96 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 86 / 96 Next Page
Page Background

COMMUNE SUISSE 5 l 2017

86

a déjà permis de mieux comprendre la

circulation de la rue de la Poste. «Le dis-

positif montre que la majorité du trafic

est généré par des véhicules qui vont ou

qui viennent d’une distance de quelques

kilomètres à peine», révèle Alexandre

Bosshard. Un élément important à op-

poser aux habitants convaincus que la

moitié de la Suisse romande emprunte

chaque matin cette rue. «Nous avons

insisté auprès de Swisscom pour que le

système soit ergonomique. Il fallait que

les résultats puissent parler aux poli-

tiques et à la population, pas seulement

aux spécialistes de la mobilité», précise

le chargé de projets.

Dans l’absolu, le système pourrait suivre,

jour après jour, l’impact de mesures

prises en matière de circulation, avec

des résultats chiffrés. Dans la pratique,

la municipalité n’envisage pas de relan-

cer des essais. «Après les ateliers de la

démarche participative, la population

attend des décisions. Le dispositif nous

permettra d’évaluer l’impact des chan-

gements, par exemple celui du report

modal», expose Marc Zolliker. Avec en

ligne de mire l’entrée en fonction du bus

à haut niveau de service (BHNS) qui doit

rapprocher, dès 2021, le centre de Lau-

sanne des secteurs nord de Pully (et

des communes voisines de Belmont et

Lutry). Si cette ligne soulage le trafic au

centre de Pully, l’Observatoire de la mo-

bilité pourra le préciser – pour mémoire,

l’entrée en service du métro M2 a impli-

qué une baisse de 15% du trafic au

centre de Lausanne.

Une application de Big Data et

un partenariat avec Swisscom

Le nouvel outil testé à Pully est une pure

application Big Data. Cette dénomina-

tion recouvre l’existence d’un très grand

nombre de données et leur traitement

par des algorithmes sophistiqués. Cette

nouvelle technologie permet des ana-

lyses et des prévisions d’une qualité

sans précédent. Dans le cas de Pully, les

données sont les traces des téléphones

mobiles des abonnés Swisscom sur ces

antennes relais. Les premiers résultats

permettent de mesurer – tous types de

transports confondus – la proportion des

déplacements au centre-ville, comme

par exemple le pourcentage de per-

sonnes qui transitent à travers le centre

sans s’y arrêter. La première phase du

projet revient à quelque 50000 francs.

Un montant très compétitif s’il est ra-

mené à celui d’un comptage «classique»,

affirment les autorités. Partenaire de

Pully, Swisscom collecte chaque jour

quelque 20 milliards de traces sur ses

antennes. L’opérateur se donne depuis

quelques années les moyens de tirer

parti de cette masse d’informations. A

l’interne avec l’engagement de spécia-

listes, notamment des analystes (data

scientists). Le projet de Pully se profile

dans une logique d’applications de nou-

velles technologies au bénéfice des col-

lectivités publiques, plus connues sous

le nom de «Smart City». Parmi les tech-

nologies les plus concernées par les

programmes Smart City, outre le Big

Data, il faut mentionner l’Internet des

objets, ou encore la fibre optique. Selon

Alexandre Bosshard, Pully s’est lancé un

peu par le hasard des rencontres et des

contacts. Le projet est suivi et encouragé

par l’Office fédéral de l’Energie (OFEN),

viauneplateformeSmartCity. «Swisscom

souhaite coller au plus près du fonction-

nement et des demandes des collecti-

vités publiques. Le projet a pris la forme

d’une vraie collaboration, nous partici-

pons aux discussions et aux séances

tant à Berne qu’à l’EPFL, avec qui

Swisscom a noué un important parte-

nariat académique.» Dans ce projet,

Pully fait figure de premier de cordée,

mais déjà d’autres collectivités – Mon-

treux et Fribourg – se sont engagées.

Dispositif non intrusif

Pour la commune, la situation est d’au-

tant plus dynamique et motivante qu’il

s’agit d’un projet pilote. «Le système ne

permet pas encore de différencier un

utilisateur de portable évoluant dans

une voiture de celui qui se déplace en

deux roues. Un travail est entrepris pour

que les algorithmes puissent différen-

cier les comportements des uns et des

autres», explique Alexandre Bosshard.

Pully a appris aussi à communiquer sur

ce projet high-tech. Très en amont dans

la discussion – mais en aval de cet ar-

ticle! –, Alexandre Bosshard et Marc Zol-

liker insistent sur son caractère non in-

trusif. Google, Facebook et consorts

tirent un maximum d’informations des

smartphones. Ce n’est pas le cas ici. «Le

système ne pénètre pas dans les télé-

phones portables. Il permet de suivre

des usagers à travers la Suisse, mais pas

de connaître leur identité ou de prendre

connaissances des informations qui

sont stockées ou qui transitent sur leurs

appareils», résumeAlexandre Bosshard.

«Nous avons présenté notre projet aux

autorités cantonales de la protection des

données. Swisscom s’est aussi doté

d’une structure interne de surveillance»,

ajoute Marc Zolliker. Une expérience

aventureuse? La commune s’engage

avec un système de pointe. Mais c’était

déjà le cas en 1969, lorsque les premiers

comptages étaient traités par le super-

ordinateur Zeer Eenvoudige Binaire

Reken Automaat (Zebra) de l’EPFL. Pour

le plaisir, Alexandre Bosshard ne peut

s’empêcher d’imaginer que pour la

bonne marche de l’Empire, les habitants

de la Villa romaine de Pully avaient été

recensés suivant les méthodes les plus

perfectionnées. Si, avec son observa-

toire de la mobilité, Pully est à la pointe

de la technologie, cela a toujours été le

cas!

Vincent Borcard

SMART CITY – SUISSE PUBLIC

Alexandre Bosshard, responsable de projets (à gauche), et Marc Zolliker, responsable

de la Direction des travaux et des services industriels de Pully.

Photo: Vincent Borcard