Previous Page  71 / 96 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 71 / 96 Next Page
Page Background

COMMUNE SUISSE 5 l 2017

71

Si l’argent pose problème, il en va

de même des charges administratives

pour les employeurs lorsqu’ils dé-

cident s’ils veulent engager ou non un

réfugié. Quel soutien la Confédéra-

tion apporte-t-elle dans ce domaine?

Sommaruga:

Le Conseil fédéral et le Par-

lement ont éliminé deux obstacles im-

portants. Nous avons supprimé la taxe

spéciale dont devaient s’acquitter les

requérants admis à titre provisoire et qui

engendrait une surcharge administra-

tive. Quant à l’obligation d’autorisation,

elle a été remplacée par une simple obli-

gation d’annonce. L’Etat s’efforce de ré-

duire les obstacles pour l’économie.

Mais celle-ci doit aussi apporter sa

contribution. Il n’est pas admissible

qu’un hôtelier ou un paysan engage du

personnel supplémentaire en prove-

nance du Portugal, alors que de jeunes

réfugiés attendent ici un travail. Avec

l’Union suisse des paysans, nous avons

un beau projet qui permet à des réfugiés

d’être employés dans l’agriculture.

L’été dernier, vous avez un peu pesté

contre les agriculteurs.

Sommaruga:

(rires) Oui. Je suis quel-

qu’un d’impatient. L’agriculture recrute

chaque année et pour quelques mois

entre 25000 et 35000 travailleurs étran-

gers. Le projet prévoyait dès le début

l’engagement de 15 réfugiés par an. Les

bonnes expériences engrangées dans le

cadre de ce programme n’ont toutefois

pas incité les milieux agricoles à em-

ployer davantage de réfugiés. Ce n’est

pas satisfaisant. L’idée selon laquelle les

employeurs doivent d’abord chercher de

la main-d’œuvre en Suisse doit encore

faire son chemin. Peut-être que la loi de

mise en œuvre de l’initiative contre l’im-

migration de masse y contribuera. A

l’avenir, les réfugiés sans emploi de-

vront en effet aussi être inscrits dans les

offices régionaux de placement qui les

prendront en charge.

Nous vivons dans une société avide de

performance avec un marché du travail

hautement spécialisé. Celui-ci est-il

capable d’intégrer autant de migrants?

D’autant que l’automatisation entraîne

encore une diminution des emplois

dans le marché primaire du travail.

Sommaruga:

Nous devons nous départir

de l’idée que les réfugiés sont cantonnés

aux métiers peu qualifiés. Il y a parmi

eux des gens très bien formés et ambi-

tieux. C’est d’ailleurs pourquoi des ini-

tiatives visant à offrir des possibilités de

formation aux réfugiés ont été lancées

dans des universités. Dans le même

temps, je constate que le secteur du bâ-

timent, l’agriculture, l’hôtellerie et la

gastronomie disposent encore d’un im-

portant potentiel d’activités peu quali-

fiées. Des milliers de travailleurs étran-

gers sont recrutés chaque année. Dans

ce contexte, la population a du mal à

comprendre que des réfugiés qui sou-

haitent travailler dépendent de l’aide

sociale. Nous devons mieux régler ce

problème.

Vous avez dit au début que sans les

communes rien ne marcherait dans

le domaine de l’asile. Pouvez-vous pré-

ciser votre pensée?

Sommaruga:

Comme ancienne conseil-

lère communale, je sais ce que signifie

l’ouverture d’un centre d’accueil pour

requérants. C’est pourquoi j’ai le plus

grand respect pour le travail des com-

munes. Le Secrétariat d’Etat aux migra-

tions ou les autorités cantonales arrivent

dans une commune et disent: «Nous

avons besoin de vous.» Ce n’est en gé-

néral pas le programme de prédilection

d’un exécutif communal. Mais si tout le

monde se met à la même table et réflé-

chit à la manière d’informer la popula-

tion, de répondre aux questions, d’orga-

niser une hotline, d’élaborer un concept

de sécurité, de créer un groupe de suivi,

alors les choses se passent bien. Là où

une commune joue le jeu, cette ouver-

ture déteint aussi sur la population. Et

parfois c’est la population qui avec son

ouverture influence le climat dans une

commune, grâce à des repas de midi,

des cours de langue et d’autres choses

encore. Une commune peut soutenir ces

initiatives. Bref, nous avons besoin des

communes.

Dans les communes, on a parfois l’im-

pression que cette position-clé est trop

peu valorisée. Cela a par exemple été

le cas lors de la planification d’urgence

pour l’asile au printemps 2016. Les

communes ont néanmoins contribué

au succès dans les urnes de l’accéléra-

tion des procédures d’asile.

Sommaruga:

Dans le cadre de ce grand

projet d’accélération des procédures

d’asile, il m’est dès le départ apparu im-

portant d’associer les villes et les com-

munes, de connaître leurs points de

vue, leurs soucis et leurs requêtes. Lors

de la planification d’urgence, le DDPS a

décidé qu’il était possible d’avoir re-

cours à des abris de protection civile.

Peut-être que nous n’avons pas suffi-

samment examiné avec les cantons ce

que cela impliquait pour les communes.

Ces questions ont entretemps été éclair-

cies. Pour moi, il est toutefois clair, no-

tamment lorsqu’il est question d’inté-

gration, que les communes et les villes

doivent toujours être invitées à la même

table. Sans elles, nous ne pouvons en

effet pas effectuer notre travail. Et ce

n’est qu’ainsi que nous pouvons être

sûrs que nos projets fonctionnent bien

dans la pratique.

Lors de la 3

e

Conférence nationale sur

l’intégration qui se tiendra le 19 juin

prochain, des représentants du monde

politique, de l’économie et de la so-

ciété civile discuteront des moyens

permettant de renforcer la collabora-

tion entre les secteurs public et privé

au niveau régional et local. Quelles

sont les conditions-cadres nécessaires

pour intensifier cette coopération?

Sommaruga:

Tout le monde doit savoir

que nous avons besoin de tout le monde.

L’intégration oblige les autorités, les ré-

fugiés et l’économie privée à s’engager.

Lorsque l’intégration est réussie, tous en

profitent.

Interview: Denise Lachat

Traduction: Marie-Jeanne Krill

«Nous devons nous départir

de l’idée que les réfugiés sont cantonnés

aux métiers peu qualifiés.»

INTÉGRATION: LA MINISTRE DE LA JUSTICE EN INTERVIEW