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COMMUNE SUISSE 5 l 2017

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INTÉGRATION: LA MINISTRE DE LA JUSTICE EN INTERVIEW

est donc important qu’ils apprennent

notre langue et s’intègrent aussi rapide-

ment que possible sur le marché du tra-

vail.

Mais un retour ne sera-t-il pas beau-

coup plus difficile pour quelqu’un qui

s’est intégré chez nous?

Sommaruga:

Celui qui apprend quelque

chose ici rentrera chez lui renforcé et

avec un bagage bien rempli. Cela peut

faciliter le retour. Avoir un travail signifie

aussi vivre dans une structure avec un

horaire et avoir des relations avec le voi-

sinage. C’est un gage de tranquillité et

de stabilité pour les personnes concer-

nées mais aussi pour nous. Il n’y a pas

d’alternative. Soit ces gens sont dépen-

dants pendant des années de l’aide so-

ciale, soit nous les aidons à se préparer

au monde du travail et à y prendre pied.

Dans le centre d’hébergement de Bü-

ren (BE), un travail est proposé aux re-

quérants dès le premier jour. Ne sus-

cite-t-on pas ainsi de faux espoirs?

Sommaruga:

Les demandeurs d’asile ne

sont pas autorisés à travailler pendant

les trois premiers mois. Dans le projet

de Büren, il ne s’agit pas de travail. Il

s’agit dès le début d’offrir à ces gens une

structure quotidienne et de leur ap-

prendre quelque chose, par exemple

dans le domaine de l’agriculture, de

l’apiculture ou dans un atelier de répa-

ration de vélos. J’ai parlé avec les requé-

rants du centre de Büren. Certains m’ont

dit qu’ils pourraient, grâce à ce qu’ils ont

appris ici, se lancer dans la production

de miel dans leur pays s’ils devaient y

retourner. Cela a du sens. Les respon-

sables du centre m’ont par ailleurs

confirmé que l’atmosphère y était pai-

sible et qu’il n’y a avait pas de crimina-

lité.

L’intégration concerne les trois éche-

lons étatiques, mais à la fin surtout les

communes où ces personnes vivent.

Et l’intégration a un coût. Notamment

lorsqu’il s’agit de gens qui doivent

non seulement apprendre notre langue

mais aussi notre écriture. Quels sont

les montants versés par la Confédéra-

tion aux communes?

Sommaruga:

Je dois tout d’abord préci-

ser que sans les communes rien ne mar-

cherait dans le domaine de l’asile et cela

est aussi valable pour l’intégration. De

nombreuses communes font d’énormes

efforts en faveur de l’intégration. Nous

en sommes conscients et je leur en suis

reconnaissante. Oui, l’intégration a un

coût. L’année dernière, la Confédération

a versée quelque 115 millions pour les

programmes d’intégration cantonaux.

L’intégration est toutefois aussi un inves-

tissement qui est payant. Celui qui tra-

vaille ne dépend pas de l’aide sociale.

115 millions représentent une somme

importante. Mais elle n’est manifeste-

ment pas suffisante. Les cantons

se sont adressés à vous pour vous de-

mander davantage de moyens, notam-

ment pour les mineurs non accompa-

gnés qui sont toujours plus nombreux

ainsi que pour les réfugiés au bénéfice

d’une réinstallation sous l’égide du

HCR. Comment réagissez-vous à cela?

Sommaruga:

Nous avons déjà rencontré

les représentants des cantons et nous

sommes bien sûr à l’écoute de leurs pré-

occupations. Nos intérêts sont les

Cantons et communes demandent plus de moyens

à la Confédération

La Conférence des gouvernements cantonaux (CdC), la Conférence des direc-

teurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) et la Conférence des directeurs

cantonaux des affaires sociales (CDAS) lancent un cri d’alarme. «Ces derniers

temps, la Suisse a accueilli un grand nombre de réfugiés très jeunes dont la

formation et les qualifications professionnelles ne satisfont pas aux exigences

du marché de l’emploi. L’hébergement, l’encadrement et surtout l’intégration de

ces personnes ont fait exploser les coûts dans les cantons et les communes»,

souligne un communiqué publié en mars dernier. Afin d’estimer ces dépenses

supplémentaires, la CdC, la CDIP et la CDAS ont procédé, de juillet à novembre

2016, au relevé des coûts et à l’évaluation des besoins. Il en ressort qu’il faudrait

environ 18000 francs par personne pour encourager, en fonction des besoins et

de manière plus systématique, l’intégration des réfugiés et des personnes

admises provisoirement. Le forfait unique de 6000 francs par personne versé

aujourd’hui par la Confédération aux cantons ne couvre même pas le coût des

cours de langue nécessaires. Pour les cantons, une augmentation du forfait

d’intégration est donc indispensable.

Afin de pouvoir offrir à un nombre aussi grand que possible d’adolescents et de

jeunes adultes, arrivés en Suisse entre l’âge de 16 et de 25 ans, une formation

les menant à un diplôme du niveau secondaire II, les cantons évaluent les besoins

à 21600 francs par personne. Les coûts suscités par les mineurs non accompa-

gnés relevant du domaine de l’asile dépassent nettement le forfait global versé

actuellement par la Confédération. Selon les calculs des cantons, les coûts non

couverts d’hébergement et d’encadrement s’élèvent à quelque 70 francs par jour

et par personne.

dla

«De nombreuses communes font

d’énormes efforts en faveur de l’intégration.

Nous en sommes conscients et je leur en

suis reconnaissante.» Simonetta Sommaruga

lors du PolitforumThun sur le thème de

l’asile.

Photo: Philipp Zinniker, PolitforumThun